« 12 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 41-42], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11542, page consultée le 25 janvier 2026.
12 novembre [1843], dimanche matin, 10 h.
Bonjour mon petit Toto bien-aimé, bonjour, bonjour je t’aime. Mais est-ce que tu
n’as pas de remords de ton infâme conduite ? Quant à moi je ne voudrais pas être à
ta
place ou je voudrais y être pour me dépêcher d’effacer tous mes torts. Vous n’êtes
pas
gentil, Toto, tant s’en faut qu’au contraire je ne veux plus rien vous dire parce
que
cela devient humiliant ou pour moi ou pour vous. À partir de ce matin je ne vous
adresserai plus la parole à ce sujet, ce sera plus commode pour vous et moins
abaissant pour moi.
Comment allez-vous ce matin ? Il fait bien beau à part le
froid. Il faut tâcher de ne pas avoir froid et vous vous porterez très bien. Vous
avez
vos deux chenapans aujourd’hui, c’est peut-être ce qui vous a empêché de venir ? Mais
hier, mais avant-hier, mais les autres jours. Depuis un moins et plus, ce ne sont
pas
tant vos goistapioux qui vous ont retenu chez
vous ? Il y a donc d’autres raisons que je ne connais pas. Ça n’en est pas plus gai
pour ça.
J’ai fait de très vilains rêves toute la nuit. Cela tient à la
disposition d’esprit dans lequel je m’endors. À ce compte-là je ne dois pas m’étonner
de n’avoir pas des rêves à couleur des roses ce qui, du reste, vous intéresse
médiocrement car il ne tiendrait qu’à vous que j’en eusse des charmants. Taisez-vous,
vous ferez tout aussi bien. Comme je ne dois plus faire allusion [illis.] cette lettre à
tous vos mauvais procédés envers moi, je [m’endormirai ?] depuis le
commencement jusqu’à la fin. Si c’est peu aimable, ce ne le serai jamais autant que
vous. Ainsi, je peux aller de l’avant dans mes invectives, je n’atteindrai jamais
à la
hauteur de votre atroce conduite.
Je vous embrasse mais c’est pour vous donner
des gifles au plus près, comme disent les marins. Je suis
dans un état de fureur à faire trembler les plus braves. Prenez garde à vous, je vous
le conseille. Sur ce, je ne vous fais pas mes compliments.
Juliette
« 12 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 43-44], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11542, page consultée le 25 janvier 2026.
12 novembre [1843], dimanche soir, 5 h. ½
J’espère qu’il ne t’est rien arrivé, mon cher bien-aimé ? Quoique j’aie l’habitude
de t’attendre, je suis tourmentée ce soir sans savoir pourquoi. Il y a ce soir deux
mois que nous sommes revenus à Paris et depuis ce temps-là, à part les quatre jours
de
notre petit voyage, c’est à peine si je t’ai vu deux jours en mettant les minutes
les
unes au bout des autres. Je sais bien, pauvre adoré, que tu travailles. Mais il me
semble que, si tu y mettais autant de bonne volonté que moi de désir de te voir, tu
viendrais plus souvent. Je devais ne pas te parler de cela car tout ce que je te dis,
tu le sais aussi bien que moi. Si tu m’aimes tu dois souffrir autant que moi et il
est
inutile d’y ajouter des plaintes injustes. Si tu ne m’aimes pas cela ne peut que
t’éloigner de moi davantage. Ainsi donc, de toute façon, ce que j’ai de mieux à faire
c’est de parler d’autre chose. Seulement ça n’est pas facile, voilà toute la
difficulté.
En t’écrivant ceci je ne m’apercevais pas que ma lampe filait d’une
manière atroce de sorte que j’ai de cette odieuse fumée d’huile plein ma chambre,
plein mon nez et plein ma gorge. J’étouffe. Je me suis [illis.]. Je ne voudrais pas que
tu arrivasses dans ce moment-ci. Pauvre adoré, avant mon bonheur, je veux ta santé.
Justement te voilà. Je vais bien………… t’embrasser. Allais-je [illis.] pauvre adoré,
reviens bien vite pour que je fasse ce que j’ai [illis.].
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
